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Combien de protéines après 50 ans, et à quels repas ?

Le vrai problème n'est pas la quantité totale, c'est le petit-déjeuner français. Il pèse 17 % de tes calories et seulement 11,6 % de tes protéines. Voici les chiffres officiels, et les grammes réels dans l'assiette.

Par Victor Guillemois · Mis à jour le 30 août 2026 · 8 minutes de lecture

La réponse, tout de suite

La référence, pour une adulte en bonne santé, est de 0,83 g de protéines par kilo et par jour3, soit environ 54 g par jour pour 65 kg. L'Anses relève par ailleurs le plancher de 10 à 12 % de l'apport énergétique pour les femmes de plus de 50 ans et les hommes de plus de 60 ans dont l'activité physique est très faible1. Les deux chemins mènent au même chiffre. Le problème n'est pas là : en France, le déjeuner et le dîner concentrent à eux seuls 81,6 % des protéines de la journée, et le petit-déjeuner n'en apporte que 11,6 %2. C'est le repas qu'il faut étoffer, pas la journée entière.

Combien, vraiment : les chiffres officiels

On lit partout qu'il faut 1,2 g de protéines par kilo après la ménopause. Ce n'est pas ce que disent les textes français, et je préfère te donner les vrais.

La référence pour un adulte en bonne santé est de 0,83 g par kilo et par jour3. En pourcentage, l'Anses retient un intervalle de 10 à 20 % de l'apport énergétique, et relève le plancher à 12 % pour les femmes de plus de 50 ans et les hommes de plus de 60 ans ayant un niveau d'activité physique très faible1. Ce n'est donc pas l'âge seul qui déclenche les 12 % : c'est l'âge combiné à une dépense énergétique très basse. Au-delà de 70 ans, le plancher passe à 15 %1.

Concrètement : si tu es peu active et que tu manges autour de 1 800 kcal pour 65 kg, ton plancher est de 12 %, soit 54 g. Si tu es active, le repère reste de 10 %, et surtout les 0,83 g par kilo, qui donnent le même chiffre. Dans les deux cas, tu vises 54 g.

Et le 1,2 g par kilo ? Il existe, mais il ne te concerne pas encore. Le Haut Conseil de la santé publique l'estime entre 1,2 et 1,5 g/kg/j chez le sujet âgé, en l'absence d'insuffisance rénale avérée, en retenant un seuil de 75 ans, et écrit noir sur blanc que pour les personnes âgées de moins de 75 ans, ainsi que pour les femmes à la ménopause, les repères de la population adulte sont maintenus4. Les recommandations internationales à 1,0-1,2 g/kg/j visent, elles, les 65 ans et plus5.

Rien ne t'interdit de viser un peu plus tôt et un peu plus haut, surtout si tu fais du renforcement musculaire. Mais appelons ça par son nom : une marge de prudence raisonnable, pas une prescription.

54 g C'est le minimum quotidien pour une femme de 65 kg, que l'on parte des 0,83 g par kilo ou du plancher de 12 % de l'apport énergétique que l'Anses applique aux femmes de plus de 50 ans très peu actives13.

Le petit-déjeuner français, ce repas sucré

Voilà le vrai sujet, et il est mesuré par l'Étude individuelle nationale des consommations alimentaires. Chez les adultes français, la répartition sur la journée est la suivante2 :

RepasPart de l'énergiePart des protéinesPart des sucres
Petit-déjeuner17,2 %11,6 %25,6 %
Déjeuner35,7 %44,0 %25,8 %
Goûter4,0 %2,0 %7,0 %
Dîner33,8 %37,6 %25,5 %

Source : Anses, étude INCA 3, adultes de 18 à 79 ans2. Deux occasions non reproduites ici, les apéritifs et les autres collations, complètent chaque colonne à 100 %.

Regarde la première ligne. Le petit-déjeuner pèse 17 % des calories mais 26 % des sucres, et seulement 11,6 % des protéines. Rapporté à sa taille, c'est un repas sucré. Et c'est surtout là que les protéines décrochent.

En grammes : la femme française consomme en moyenne 71,1 g de protéines par jour2. En appliquant ces 11,6 %, cela donne un ordre de grandeur d'environ 8 g au petit-déjeuner. Je précise que ce dernier chiffre est un calcul que je fais en croisant deux tableaux de la même étude, pas une donnée publiée telle quelle. Mais l'ordre de grandeur est là : on est loin des 25 à 30 g dont on parle plus bas.

Et la concentration sur un seul repas s'accentue avec l'âge. Dans une même étude française du début des années 2000, les femmes âgées tiraient 56,7 % de leurs protéines du déjeuner, contre 49,4 % chez les jeunes adultes6.

Un pavé de saumon avec des haricots verts et des pommes de terre
Photo d'illustration.

25 à 30 g par repas : ce qui est établi, ce qui est débattu

Le chiffre de 25 à 30 g de protéines par repas vient d'un vrai résultat. Dans une réanalyse de données de laboratoire portant sur des hommes d'environ 71 ans, la synthèse des protéines du muscle atteint son maximum à partir de 0,40 g par kilo de poids dans un seul repas, contre 0,24 g chez des hommes jeunes7. Pour 65 kg, cela fait environ 26 g.

Trois précautions, parce qu'elles comptent : sur cette base, l'écart n'atteint pas le seuil de significativité statistique ; l'intervalle est large ; et l'étude ne porte que sur des hommes. Rapporté à la masse maigre, en revanche, l'écart est net. L'ordre de grandeur de 25 à 30 g est plausible, il n'est pas démontré chez la femme de 50 ans.

Ce qui l'est beaucoup moins, c'est l'idée qu'il faut répartir également sur les trois repas. Les résultats se contredisent :

  • Un essai souvent cité trouve une synthèse musculaire 25 % plus élevée avec une répartition égale. Mais il porte sur 8 participants d'âge moyen 37 ans8.
  • Un essai randomisé chez 24 personnes de 65 à 80 ans, à apport total identique, ne trouve aucune différence entre répartition égale et concentrée9.
  • La revue de référence sur le sujet conclut que les preuves sont limitées et incohérentes, et recommande simplement d'avoir au moins un repas contenant une dose suffisante, indépendamment de la répartition10.

Ce que ça veut dire pour toi

Étoffer ton petit-déjeuner n'a rien de magique. C'est simplement, en pratique, le moyen le plus facile d'atteindre ton total quotidien quand tu démarres à 8 g. Deux œufs plus un fromage blanc suffisent à combler l'écart. Ce qui compte d'abord, c'est le total de la journée.

Les grammes réels, aliment par aliment

Toutes ces valeurs viennent de la table Ciqual de l'Anses, la référence officielle française11. Les portions sont des portions courantes que j'indique pour t'aider à t'y retrouver : elles ne figurent pas dans Ciqual.

AlimentProtéinesPour 100 g
Poulet, filet sans peau, grillé100 g30 g30,1 g
Thon au naturel, égoutté1 boîte, 100 g27 g26,8 g
Saumon, grillé100 g26 g25,5 g
Lentilles cuites150 g15 g10,1 g
Tofu nature100 g13 g13,4 g
Pois chiches cuits150 g12,5 g8,31 g
Fromage blanc nature 0 %100 g7,3 g7,34 g
Œuf dur1 œuf, 50 g6,8 g13,5 g
Amandes avec peau30 g5,6 g18,8 g
Yaourt nature1 pot, 125 g4,8 g3,83 g
Flocons d'avoine40 g secs4,2 g10,6 g

Valeurs pour 100 g issues de la table Ciqual de l'Anses11.

Deux pièges à connaître. D'abord, cru et cuit ne sont pas la même chose : les lentilles sèches affichent 25,1 g pour 100 g, mais une fois cuites elles n'en ont plus que 10,1 g, parce qu'elles ont pris l'eau. On pèse ce qu'on mange, pas ce qu'on achète.

Ensuite, le skyr n'existe pas dans la table Ciqual. Je le dis parce que je le vois cité partout avec des valeurs présentées comme officielles. Si tu veux son chiffre, regarde l'étiquette du pot que tu achètes : c'est une donnée du fabricant, et elle varie d'une marque à l'autre.

Un petit-déjeuner à 25 g, concrètement : deux œufs durs, un fromage blanc de 100 g et 40 g de flocons d'avoine. Soit 13,6 + 7,3 + 4,2, environ 25 g. Sans aucune poudre, sans aucun complément.

Ce que tu perds vraiment chaque année

La revue quantitative de référence donne, chez la femme, une perte de masse musculaire dont la médiane est de 0,37 % par an dans les comparaisons entre jeunes adultes et plus de 65 ans, et qui s'accélère à 0,64 à 0,70 % par an à 75 ans dans les études de suivi12. Soit, en gros, 4 à 7 % par décennie selon l'âge, avec un rythme qui augmente.

Mais le chiffre vraiment parlant est ailleurs. Dans les mêmes populations, la force se perd 2 à 5 fois plus vite que la masse12. Tu ne perds pas seulement du volume, tu perds de la qualité. Et c'est la force, pas la masse, qui décide si tu te relèves d'une chaise sans t'aider des bras ou si tu rattrapes un faux pas.

C'est aussi pour ça que les protéines seules ne suffisent pas. Les recommandations internationales, à commencer par celles du groupe PROT-AGE, les associent à l'exercice, en particulier au renforcement musculaire5.

Les limites, et une chose à vérifier avec ton médecin

Si tes reins fonctionnent normalement, les données ne montrent pas de risque : l'Afssa, aujourd'hui intégrée à l'Anses, écrit qu'un risque rénal a été suggéré mais qu'il n'est pas confirmé chez des sujets sans déficience rénale6. Elle situe la zone satisfaisante entre 0,83 et 2,2 g/kg/j chez un adulte de moins de 60 ans, non obèse, non sportif, à fonction rénale normale et sans régime restrictif, en ajoutant que chez les personnes plus âgées, le seuil haut est probablement plus bas6. La marge reste large. Elle n'est pas illimitée, et aucune raison de faire de la surenchère.

L'inverse est vrai aussi : en cas d'insuffisance rénale sévère, c'est-à-dire un débit de filtration inférieur à 30 ml/min hors dialyse, l'apport doit être limité5. Aux stades plus légers, aucune restriction n'est recommandée. Or l'insuffisance rénale chronique est longtemps silencieuse. Avant d'augmenter durablement tes apports, demande à ton médecin un dosage de la créatinine avec estimation du débit de filtration. C'est une prise de sang simple, et c'est ce qui te dit dans quel cas tu es.

Les questions qu'on me pose

J'ai 52 ans, dois-je vraiment manger 1,2 g par kilo ?
Probablement pas, et c'est le Haut Conseil de la santé publique qui le dit. Il estime l'apport optimal du sujet âgé entre 1,2 et 1,5 g/kg/j, mais retient un seuil de 75 ans, et écrit que pour les personnes âgées de moins de 75 ans ainsi que pour les femmes à la ménopause, les repères adultes sont maintenus. À 52 ans et en bonne santé, la référence reste 0,83 g/kg/j, soit environ 54 g pour 65 kg. Et le plancher de 12 % de l'apport énergétique ne vise que les femmes de plus de 50 ans dont l'activité physique est très faible, pas toutes.
Dois-je absolument répartir mes protéines également ?
Non, la science ne le démontre pas. Un essai trouve une synthèse musculaire 25 % plus élevée avec une répartition égale, mais sur 8 participants d'âge moyen 37 ans. Un essai randomisé chez 24 personnes de 65 à 80 ans, à apport total identique, ne trouve aucune différence. La revue de référence conclut que les preuves sont limitées et incohérentes, tout en notant qu'une répartition plus équilibrée reste un moyen pratique d'atteindre son total quand on part de bas. Ce qui compte d'abord, c'est justement ce total.
Manger plus de protéines, est-ce que ça abîme les reins ?
Si tes reins fonctionnent normalement, les données disponibles ne montrent pas ce risque : l'Anses écrit qu'il n'est pas confirmé chez des sujets sans déficience rénale. La nuance est ailleurs : en cas d'insuffisance rénale sévère, c'est l'inverse, l'apport doit être limité. Et cette insuffisance est longtemps silencieuse. Un dosage de créatinine avec estimation du débit de filtration, chez ton médecin, te dit dans quel cas tu es.
Faut-il des poudres de protéines ?
Pas pour atteindre ces chiffres. Deux œufs durs, un fromage blanc et 40 g de flocons d'avoine font déjà 25 g de protéines au petit-déjeuner, avec des aliments ordinaires. Les poudres répondent à un problème d'appétit ou de praticité, pas à un problème nutritionnel que la cuisine ne saurait résoudre.
Cet article t'a aidée ? Les articles les plus aimés sont mis en avant sur le blog.

Les sources de cet article

  1. Anses. Actualisation des repères du PNNS : élaboration des références nutritionnelles, rapport d'expertise collective, 2016 (plancher de 12 % pour les femmes de plus de 50 ans, p. 30). Lire le rapport
  2. Anses. Étude individuelle nationale des consommations alimentaires INCA 3, 2017 (répartition par repas, tableau 73 ; apports par sexe, tableau 62). Lire l'étude
  3. Anses. Les protéines, page de référence (0,83 g/kg/j). Voir la page
  4. Haut Conseil de la santé publique. Avis relatif à la révision des repères alimentaires pour les personnes âgées, 18 mai 2021. Lire l'avis
  5. Bauer J. et coll. Evidence-based recommendations for optimal dietary protein intake in older people, groupe PROT-AGE. JAMDA, 2013. Voir les recommandations
  6. Afssa. Apport en protéines : consommation, qualité, besoins et recommandations, rapport, 2007. Lire le rapport
  7. Moore D. R. et coll. Protein ingestion to stimulate myofibrillar protein synthesis requires greater relative protein intakes in healthy older versus younger men. J Gerontol A Biol Sci Med Sci, 2015. Voir l'étude
  8. Mamerow M. M. et coll. Dietary protein distribution positively influences 24-h muscle protein synthesis in healthy adults. J Nutr, 2014. Voir l'essai
  9. Comparing Even with Skewed Dietary Protein Distribution Shows No Difference in Muscle Protein Synthesis or Amino Acid Utilization in Healthy Older Individuals. Nutrients, 2022;14(21):4442. Lire l'essai
  10. Hudson J. L. et coll. Protein Distribution and Muscle-Related Outcomes: Does the Evidence Support the Concept ? Nutrients, 2020;12(5):1441. Lire la revue
  11. Anses. Table de composition nutritionnelle des aliments Ciqual. Consulter la table
  12. Mitchell W. K. et coll. Sarcopenia, dynapenia, and the impact of advancing age on human skeletal muscle size and strength: a quantitative review. Frontiers in Physiology, 2012. Lire la revue
Victor Guillemois
Victor Guillemois

Je construis des menus de la semaine pour les femmes à la ménopause. Chaque valeur nutritionnelle que je publie est vérifiée dans la table Ciqual publiée par l'Anses avant d'être écrite. En savoir plus sur moi.

Le petit-déjeuner à 8 grammes, c'est là que tout se joue.

Le Menu 7 jours Ménopause apporte 77 g de protéines par jour, soit environ 1,2 g par kilo pour une femme de 65 kg : au-dessus du plancher, dans la marge de prudence dont je parlais plus haut, et très loin du seuil d'apport élevé. 19 de ses 21 repas contiennent plus de 15 g de protéines, petits-déjeuners compris. Ces chiffres sont écrits sur chaque fiche : tu peux les vérifier toi-même, repas par repas.

7 jours de repas, 21 recettes, les quantités et la liste de courses. Il ne te reste plus qu'à cuisiner.

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